Ode à Médine

jeudi 9 juillet | 10h30 | Durée 1h
Lecture mise en espace
Entrée libre | réservation conseillée

14330596786332_med
 
Note d'intention
Le texte de Sabine Revillet « Ode à Médine » m'a interpellé dès la première lecture par son intensité et sa puissance. J'ai tout de suite ressenti le besoin de partager ce texte contemporain d'une auteur(e) engagée et de le mettre en scène. Ode à Médine s'inspire d'un fait-divers qui a eu lieu en Turquie. Une mère, Magda, nous parle du meurtre de sa fille commis par son mari à travers la passion, voir l'obsession de ses plantes. Le père et le grandpère enterrent la jeune fille vivante car celle-ci s'est adressée à des inconnus. Sabine Revillet a su retranscrire le désarroi, la douleur de cette femme sans pathos, ni larmoiement. Son écriture est incisive, poétique et drôle, d'une force à couper le souffle.
Un texte qui ose dire l'insoutenable et l'innommable.
Un texte qui parle de crime d'honneur.
Un texte qui parle d'amour et d'impuissance.
Un texte qui interroge la position de la femme face au pouvoir.
Un texte qui interroge la cruauté de l'être humain.

Ode à Médine questionne aussi la position de la mère, la femme, la fillette qui grandit au coeur du foyer. Comment n'a t-elle pas pu intervenir alors que son mari enterrait leur fille vivante dans leur propre jardin ? Pourquoi n'a t-elle rien dit ? Pouvait-elle secourir sa fille? Pouvait-elle souiller l'honneur de son mari, de sa famille de ses ancêtres ? Ce monologue pose la question de la place du père. Qu'a t-il ressenti au moment de son acte ? Pouvait-il être seulement poussé par la colère, la loi du père de famille, son honneur ? Il nous est difficile de comprendre cet acte, le droit de vie et de mort sur une personne comme dans l'Antiquité romaine ou « la postestas » était un pouvoir que le père obtenait par les lois. Le « paterfamilias » était considéré comme le seul propriétaire des biens de la famille qui devait lui vouer un culte domestique, il était le juge de tous ses membres sur lequel il avait le droit de vie ou de mort. A ce jour encore en Turquie, et dans de nombreux foyers, pays, pour avoir enfreint le code d'honneur, ou avoir refusé un mariage arrangé, des jeunes filles sont régulièrement tuées ou poussées au suicide par leur famille. Comment aujourd'hui, au XXI ème siècle un père peut-il infliger ça à sa propre fille, la chair de sa chair ? Oui, il y a quelque chose de complètement irrationnel.

Un texte à trois voix: la mère, le père et la fille. Un poème dramatique à l'issue fatale. J'ai choisi de mettre ces trois paroles dans un seul corps et de travailler avec Maïté Cotton car elle peut incarner ces trois identités, cette puissance des mots, cette douleur sans pathos. Une douleur froide, sans larme. La voix et le corps de Maïté Cotton n'ont pas de frontière et ils sont en parfaite concordance avec ce texte universel. Cette femme, Magda ne peut se défaire du drame. Elle ressasse les faits. Les mots de son mari, de sa fille et les siens l'envahissent. Elle souffre sans bruit.

Monter ce texte est vital car il parle du sort de la femme, de la violence que certaines femmes subissent encore au XXI ème siècle. Ode à Médine possède à mon sens la puissance des grandes tragédies. Il peut ouvrir aux dialogues, aux débats et à la réflexion. Nous souhaiterions le proposer aussi dans des quartiers qui n'ont pas accès à la culture. Notre première ébauche a fait écho chez les spectateurs et a confirmé l'importance de poursuivre notre travail....

Stéphanie Correia

 

 

 

 

de Sabine Revillet
Mise en scène et scénographie Stéphanie Correia
Avec Maïté Cotton
Lumières S. Deschamps | Costumes E. Thiébault | Travail corporel K.Goldstein

Ce texte a reçu le soutien de la commission nationale d'aide à la création de textes dramatiques (CNT) 

 

Cie Contre Jour

En savoir plus