Elle est là

Dimanche 19 juillet | 19h | Durée: 1h
PRÉSENTATION ET LECTURES D'EXTRAITS
Entrée libre | réservation conseillée

 

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Note d'intention
« Tout à l'heure, quand nous discutions... enfin, on ne peut pas appeler ça discuter, nous étions du même avis... enfin vous et moi... mais elle...elle était là quand nous parlions, elle écoutait. » (H2 à H1 in Elle est là)

L'intrigue - la portion volontairement chiche du théâtre de Sarraute - est bien sûr quasi inexistante : H2 ne souffre pas l'idée que F puisse penser différemment de lui sur un point précis. Il en fait part à H1 et profite de l'arrivée, pour le moins inopinée, de H3 pour demander des comptes à F.

Ce premier texte dramatique, c'est?à?dire réellement écrit pour la scène par Nathalie Sarraute, confirme ce que l'on ressent à toute lecture de son théâtre, une jubilation produite par la férocité de ses non?personnages (entendons, qui n'ont pas d'identité propre : H, F, etc.). Pas de psychologie chez eux ni de personnalité clairement établie. On devra donc rester loin de l'incarnation, d'un passé immédiat, d'une construction de personnage telle que définie par Stanislavski et consorts, pour proposer sur l'espace de jeu, des êtres qui nous « réfléchissent », qui nous renvoient notre propre image et celle de nos prédialogues. Et pourtant ! On se poile ! (Enfin, moi je...). H2, H3 et F invitent le public (sans artifices toujours) à participer au règlement de comptes. Comme « la tragédie n'exclut pas le ridicule », on montrera que la sincérité - ou ses accents - n'échappe pas forcément au grotesque.

La question qui reste centrale lorsqu'on s'attaque à l'oeuvre dramatique de Nathalie Sarraute : comment mettre en scène cette contradiction, cette impossibilité ? Celle de faire théâtre de ce qui demeure rebelle à la parole, le tropisme. Comment aller sur le terrain du dialogue extérieur ou visible qu'est le théâtre, sans se cantonner à ce dernier ou sans le priver du prédialogue ? Nous voilà à des années lumières du spectaculaire ! La lumière, par des lignes très structurées au lointain, plus floues à l'avant?scène (lieu de l'entre?deux avec le public) et la scénographie - une perspective un peu ascendante - écriront d'une autre façon le prédialogue et ces tropismes.

Le jeu ne souffre, d'après moi, aucune posture intellectuelle ou physique, la direction d'acteurs veut clouer le bec au lieu commun dont est victime Sarraute. Ça peut paraître intello à lire ses Ère du soupçon, Portrait d'un inconnu et Martereau, mais à « jouer » et à voir les vilains points noirs sur le beau visage de la relation humaine, c'est jubilatoire.
Stéphane Godefroy

Tropismes :
« Ce sont des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience; ils sont à l'origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons [....] ils me paraissent encore constituer la source secrète de notre existence [...]
Leur déploiement constitue de véritables drames qui se dissimulent derrière les conversations les plus banales, les gestes les plus quotidiens [...] A ces mouvements qui existent chez tout le monde et peuvent à tout moment se déployer chez n' importe qui, des personnages anonymes, à peine visibles, devaient servir de simple support [...] Les Tropismes ont continué à être la substance vivante de tous mes livres
»
Sarraute, Préface de L'Ere du Soupçon

 

 

 

de Nathalie Sarraute

mise en scène Stéphane Godefroy
avec Denis Benoliel, Chloé Bourgois, Olivier Chardin et Stéphane Godefroy
scénographie Alain Volatron | lumière Louise Gibaud | son Valentin Cornair

 

Création 2016 en production
Production L'Escabeau, Pépinière Théâtrale (Centre-Val de Loire)